La serre maraîchère chauffée : structure, équipements, énergie
Tomates, concombres, fraises hors-sol : une serre maraîchère chauffée est un outil de production complet, de la couverture à l'ordinateur climatique. Voici ce qu'elle contient, ce qu'elle consomme et comment la rendre plus sobre.
Rédigé par l'équipe d'Eco-CEE Agriculture pour les chefs de culture en légumes sous abri chauffé. Sources citées au fil du texte · 17 octobre 2026.
Chaleur, eau, engrais, CO2 : connaître sa serre poste par poste, c'est savoir où part l'argent et par quoi commencer pour en dépenser moins.
En bref. Une serre maraîchère chauffée réunit une multichapelle assez haute, un réseau d'eau chaude, des écrans thermiques, un ordinateur climatique, une fertirrigation et un apport de CO2. Le chauffage pèse lourd : environ 340 kWh de gaz par m² et par an pour une tomate hors-sol, selon un repère du CTIFL.
Serre maraîchère chauffée : quelle structure pour produire ?
Selon la fiche explicative FE 10 de l'ATEE, mise à jour par le CTIFL en 2025, la multichapelle est « largement utilisée en production maraîchère ». Le tunnel y est également assez répandu, mais reste plus difficile à chauffer. Les familles de structures sont comparées dans notre panorama des types de serres agricoles.
La hauteur sous chéneaux d'abord
Tomates et concombres poussent palissés et demandent des passages réguliers pour la taille. La FE 10 en tire une limite pratique : avec moins de 3,2 m sous chéneaux, installer un écran thermique devient « techniquement difficile » en maraîchage. Une structure basse se prive du levier d'économie le plus direct.
Hors-sol ou pleine terre
En tomate comme en concombre, la culture chauffée se conduit souvent hors-sol : les plantes poussent dans un substrat nourri au goutte-à-goutte par une solution nutritive. La serre hors-sol de tomates gagne en maîtrise de l'eau et des engrais. Elle demande en retour une station de fertirrigation et le traitement du drainage.
Chauffage de serres maraîchères : chaufferie, réseau, émetteurs
Une serre maraîchère professionnelle se chauffe à l'eau chaude : une chaufferie, souvent au gaz, alimente un réseau de tubes métalliques. Le projet de révision de la fiche AGRI-TH-108 s'appuie d'ailleurs sur ce réseau pour définir la serre chauffée. Il exige aussi une consigne d'au moins 12 °C en tomate et en concombre, 8 °C ailleurs, de novembre à avril.
- Les tubes au sol, entre les rangs, qui servent aussi de rails aux chariots de travail.
- Les tubes de végétation, qui portent la chaleur près des têtes et des fleurs.
- Le ballon de stockage, qui découple la production de chaleur de sa distribution.
Les émetteurs sont comparés sur notre page tubes, aérothermes et chauffage par le sol. Retenez que la longueur de tubes fixe la température d'eau nécessaire par grand froid.
Les autres équipements d'une serre maraîchère professionnelle
Les écrans thermiques
D'après la FE 10, l'écran se ferme au-dessus de la culture en début de nuit, puis s'ouvre progressivement au lever du soleil pour éviter le choc thermique. Une toile non métallisée réduit les pertes de 35 à 40 %. Une toile aluminisée, plus chère, améliore l'isolation de 10 à 50 %. En fraise, des toiles posées au-dessus des rangs, de type P17, réduisent le volume à chauffer.
L'ordinateur climatique
Il commande le chauffage, les ouvrants, les écrans et, souvent, l'irrigation et le CO2. La FE 10 insiste : un écran mal piloté expose la culture aux maladies et aux pertes de rendement, faute de maîtriser l'humidité. Pour une pompe à chaleur aidée, le projet de fiche exige un « système fixe de gestion climatique » et six ans de mesures journalières.
Fertirrigation et culture hors-sol
Le cahier des charges du CTIFL pour la tomate hors-sol, publié par Réussir Fruits et Légumes, chiffre deux flux. L'eau atteint 10 000 m³ par hectare lorsque la solution nutritive est recyclée. Les éléments minéraux représentent 7,35 tonnes par hectare. Pompes et injecteurs consomment de l'électricité toute la saison.
L'apport de CO2
Le même document situe l'optimum de la tomate hors-sol à 900 ppm de CO2, bien au-dessus de l'air extérieur. Dans une serre chauffée au gaz, la chaudière fournit ce CO2 avec ses fumées. Changer d'énergie impose donc de prévoir une autre source : voyez comment apporter du CO2 sans chaudière.
Consignes et énergie : tomate, concombre, fraise, salades
La culture fixe la température de nuit, donc l'essentiel de la facture. Le plancher est celui du projet de fiche pour parler de serre chauffée. En agriculture biologique, l'énergie elle-même est encadrée : voyez le chauffage d'une serre bio.
| Culture | Nuit, conduite usuelle | Plancher « serre chauffée » | Ce qui pèse sur l'énergie |
|---|---|---|---|
| Tomate | 16 à 18 °C | 12 °C | Longue saison chauffée, CO2 à fournir |
| Concombre | 16 à 18 °C | 12 °C | Plantations précoces en plein hiver |
| Poivron | 16 à 18 °C | 8 °C | Besoin voisin de la tomate, seuil plus bas |
| Fraise hors-sol | 10 à 12 °C | 8 °C | Volume réduit par une toile au-dessus des rangs |
| Salades, aromatiques | 10 à 12 °C | 8 °C | Consigne basse, moins de puissance au m² |
Côté consommation annuelle, le CTIFL situe les serres maraîchères chauffées entre 200 et 450 kWh par m², selon une synthèse publiée par ASTREDHOR en 2017. L'écart tient au créneau de production, au pilotage du climat et aux équipements. Pour la tomate hors-sol, le repère tiré des pratiques des producteurs est de 340 kWh de gaz et 10 kWh d'électricité par m².
Pour les autres cultures, faute de référence publique équivalente, vos factures font foi. Pour caler les consignes, consultez notre guide de la température idéale en serre.
Ce que ça vous coûte
Prenons le repère de la tomate hors-sol et le prix moyen du gaz payé par les entreprises en 2025, 73 € HT par MWh selon le SDES. La chaleur coûte alors près de 24,8 € par m² et par an, soit environ 248 000 € pour un hectare. Les 10 kWh d'électricité, à 149 € le MWh, ajoutent environ 1,5 € par m².
Votre contrat d'énergie et votre climat déplacent ce calcul, pas son ordre de grandeur. Pour le CTIFL, l'énergie arrive juste derrière la main-d'œuvre parmi les charges d'une exploitation sous serre. À ce poste s'ajoutent :
- le remplacement des films plastique, tous les 4 à 5 ans pour un polyéthylène selon la FE 10 ;
- l'eau, les engrais et le traitement du drainage en hors-sol ;
- le CO2 acheté, dès que les fumées de chaudière ne suffisent plus ou disparaissent.
Pour comparer ce coût avec la chaleur d'une pompe à chaleur, voyez notre page sur le coût du kWh de chaleur et la rentabilité d'une PAC.
Rendre une serre maraîchère chauffée plus économe
Avant de changer d'énergie, mieux vaut moins perdre. Du plus simple au plus lourd :
- Fermer et piloter l'écran chaque nuit, avec une toile ajourée si l'humidité monte trop sous la toile.
- Doubler l'écran ou passer à une toile basse émissivité : c'est la voie suivie par la recherche depuis la crise énergétique, d'après la FE 10.
- Isoler la couverture : la FE 10 attribue environ 20 % d'économie à une multichapelle en double paroi gonflable par rapport au verre.
- Raisonner les consignes par compartiment, et en moyenne sur 24 heures, une méthode étudiée par ASTREDHOR pour chauffer moins la nuit.
- Stocker la chaleur dans un ballon, pour lisser la production de chaleur et éviter les à-coups de la chaufferie.
Mieux isolée, la serre devient plus humide, avec un risque sanitaire accru selon la FE 10 : l'isolation se pilote avec l'aération. Autre effet : ces gains réduisent la puissance à installer le jour où la chaudière part.
Passer sa serre maraîchère chauffée à la pompe à chaleur
Avec un réseau d'eau chaude et un écran ou une double paroi, la serre a déjà l'essentiel : la pompe à chaleur air/eau remplace la chaudière sur le même réseau. Le projet de fiche ajoute ses conditions :
- une électrification totale, sans chaudière conservée hors secours en cas de panne ;
- au moins 300 kW par machine, ce qui se justifie dès 2 000 à 2 500 m² de serre maraîchère chauffée ;
- un ballon de stockage d'au moins une heure et un pilotage par gestion climatique fixe ;
- une couverture isolée, par écran thermique, double paroi ou vitrage performant.
Deux chantiers sont propres au maraîchage : la source de CO2 et la température d'eau des tubes. La puissance par culture et l'aide au m² sont calculées sur notre page pompe à chaleur serre maraîchère. Pour le principe général, lisez comment passer à la pompe à chaleur. Au gaz, la page pour quitter le chauffage au gaz détaille la transition.
Aides disponibles
En maraîchage, deux fiches CEE comptent. AGRI-TH-118 aide le second tube de chauffage par rangée. AGRI-TH-108 finance la pompe à chaleur, jusqu'à 100 % du projet selon l'éligibilité (surface chauffée, type de production, puissance d'au moins 300 kW, électrification totale).
La révision de la fiche, attendue au Journal officiel, prévoit des montants environ 3 fois plus élevés : mieux vaut préparer le dossier dès maintenant. Notre dossier sur l'aide financière CEE détaille le parcours ; pour un premier chiffre, estimez l'aide pour votre surface. Le PCAE régional ou un prêt Bpifrance peuvent compléter, sans cumul automatique : voyez les autres aides pour serre agricole.
Par où commencer
Faire l'inventaire de la serre
Structure, hauteur sous chéneaux, couverture, écrans, âge de la chaufferie : une ligne par bloc suffit.
Ramener la consommation au m²
Divisez les MWh de gaz d'un hiver par la surface chauffée, puis comparez au repère de 340 kWh par m² en tomate.
Mesurer la température d'eau par grand froid
Notez la température de départ vers les tubes lors des nuits les plus froides : elle conditionne le choix d'une future machine.
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Tomates, concombres ou fraises sous verre ou sous plastique : décrivez vos équipements, nous vous disons par où commencer.
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Serre maraîchère chauffée ou serre hors gel : quelle différence ?
Le hors gel protège seulement du gel. La serre chauffée du projet de fiche AGRI-TH-108 demande un réseau d'eau chaude et, de novembre à avril, au moins 12 °C en tomate et en concombre, 8 °C pour les autres légumes.
La culture de concombre sous serre demande-t-elle plus de chaleur que la tomate ?
Les consignes de nuit sont proches et le projet de fiche leur applique le même plancher de 12 °C. La différence vient du calendrier : des plantations précoces en plein hiver chauffent davantage. La FE 10 cite d'ailleurs des écrans fixes en concombre précoce dans l'Est.
Quelle surface pour une serre maraîchère professionnelle chauffée ?
Aucune surface minimale n'est imposée pour produire. Pour une pompe à chaleur aidée en revanche, la machine de 300 kW exigée se justifie dès 2 000 à 2 500 m² chauffés. En dessous, l'étude dit si le projet reste pertinent.
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